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Voici une analyse sur l'immigration tirée de l'Encyclopédie Anarchiste, éditée en 1934 sous la direction de S. Faure (1858-1942). Rééditée aux éditions des Équateurs en 2012. La partie de l'article que nous présentons ici, écrite par Jules Chazof (1891-1946 ) est consacrée au chômage. Elle demeure d'une brulante actualité .


"Afflux de main-d’œuvre par voie d'immigration"
"Pour faire échec aux revendications des travailleurs d'une industrie, soit dans une localité, soit dans une région, le patronat n'hésite pas à faire appel à la main-d’œuvre étrangère, à organiser dans les pays pauvres et à une population très dense un courant d'émigration avec la complicité des pouvoirs publics des deux pays intéressés.
Ces travailleurs importés sont bien embauchés suivant des contrats qui, théoriquement, respectent à peu près la législation du travail du pays où on les envoie, mais dès l'arrivée des émigrés les contrats sont violés. Ni le taux des salaires, ni la durée du travail ne sont respectés. Le patronat règne en maître sur ces malheureux esclaves du travail. Il les nourrit comme des chiens dans ses cantines infectes et les loge comme du bétail dans ses baraques, tout en les payant un prix dérisoire et en leur imposant, avec l'aide de ses tâcherons, des journées de travail très longues.
Toutes ces pratiques réduisent naturellement au chômage les ouvriers indigènes, qui ne peuvent ni ne veulent accepter un semblable traitement, qui ont une famille à élever, des besoins normaux à satisfaire.
Et c'est malheureusement la lutte entre les exploités pour la bouchée de pain. Ce sont les brimades et les rixes sur les chantiers, dont le patronat exploite sans vergogne le triste résultat.
Les moyens dont disposent la classe ouvrière pour remédier au chômage sont extrêmement précaires. Ne pouvant s'associer à l’œuvre de filtrage du gouvernement, ne pouvant, par esprit de classe internationaliste, s'opposer à ce qu'un travailleur soit partout chez lui, quelle que soit son origine, le prolétariat est, en quelque sorte, désarmé devant l'immigration et tout ce qui en découle.
Ce n'est que par l'établissement de rapports constants entre les différentes centrales nationales ouvrières, par le développement d'une propagande intelligente touchant sans cesse un plus grand nombre d'individus, qu'on parviendra, dans la société actuelle, à limiter -mais à limiter seulement- les méfaits d'une telle utilisation des travailleurs."


L'auteur pose le constat d'une contradiction du socialisme dont on trouve les causes dans quatre grandes tares: "l'universalisme politique, bien différent de l'internationalisme concret, l'absence d'une anthropologie réaliste (erreur sur la nature humaine), la croyance au "progrès" (qui fait regarder comme "archaïques" bien des traits de société qui ont historiquement limité l'emprise du capital), un constant moralisme (un christianisme sécularisé) tendant au dolorisme de principe et à l'exaltation de la faiblesse. S'y ajoute, toujours sous l'influence de la philosophie des Lumières, l'incapacité à analyser la modernité comme montée progressive des valeurs bourgeoises qui ont engendré le capitalisme, d'où ce paradoxe qu'elle persiste, comme le disait à peu près Péguy, à encenser "sous le nom du moderne" le même monde qu'elle dénonce "sous le nom de bourgeois et de capitaliste", sans voir que la modernité constitue avant tout le contexte social-historique dont le capitalisme libéral avait besoin pour se former et se développer complètement.


    Pourquoi ne pas avoir considéré qu'un travailleur sans conscience politique est hors classe? L'article de J. Chazoff prend exemple sur une stratégie locale ou régionale du patronat pour mettre en échec le syndicalisme. De nos jours, ce système s'est étendu à l’échelle des continents.
On notera la complicité de l’État d'origine des immigrés qui pratiquent, pour des raisons de régulations économiques, démographique, sociales et politiques, une forme d'ostracisme d'une partie de ses propres populations. Phénomène que la Corse  elle même a particulièrement pratiqué du dix-neuvième siècle jusqu'aux années soixante. Chazoff souligne la responsabilité du patronat qui est la même pour les anciennes grandes familles industrielles du nord de la France que pour nos entrepreneurs locaux.

 

 La voie nationale vers la solution de ces contradictions est de tolérer l’existence du capital mais en lui enlevant son amoralité, donc en lui injectant les valeurs traditionnelles -et donc socialistes- dont on trouve les mécanismes dans le néocorporatisme (cf Andrée Matteaccioli, maître de conférence honoraire en sciences économiques in Sartène, Pour un développement territorial intégral et durable, 2010 imprimé par Multi-pub, Sartè). Il existe deux valeurs fondamentales qui sont vitales pour notre développement: la liberté d'imagination, d'expression, d'entreprise et la solidarité. La première idée est bien représentée par le capitalisme mais celui-ci heurte d'autres valeurs toutes aussi vitales pour notre société, comme la solidarité, qui est socialiste. D'autres pays en ont réussi l'alchimie; pourquoi pas nous ?


Enfin, l'article de l'Encyclopédie Anarchiste nécessite un rappel historique: dans le cas cité, les immigrés étaient des belges, des italiens ou des polonais, donc des ouvriers européens de culture catholique. L'intégration pouvait fonctionner. J. Chazoff lui-même s'appelait à l'origine Chazanoff. Il était d'origine russe. Vu la conjoncture actuelle, il ne s'agit plus à proprement parler de lutte de classe, à moins de considérer, comme la Corse l'a fait elle-même du fait de l'endogamie de sa population, que la classe équivaut à la race. Le Préfet Bouillon a déclaré avant de nous quitter qu'en raison de sa démographie, la Corse devra accueillir dans les prochaines années plusieurs dizaine de milliers d'immigrés, que c'était inévitable et que le seul choix résidait dans leur lieu d'origine.


Si cela devait être réellement inéluctable, Colonna Cesari, dans son ouvrage "le cinquième Judicat" ( éditions Anima Corsa 2010,)  propose une solution: puiser cet immigration dans les réservoirs éthniques et culturels qui nous sont les plus proches: la Sardaigne et en particulier la Gallura, dont les habitants sont souvent d'origine corse. Cela aurait un impact puissant sur la réhabilitation de la langue corse. établir des rapports comme le suggère Chazoff serait facile et nos réalités sociopolitiques mieux comprises.

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L'idée d'un "office du retour" des corses de la diaspora est évidemment intéressante mais vu la situation économique et politique, elle pourrait devenir une escroquerie intellectuelle quand on observe l'énergie que reprend le clanisme vivifié par la décentralisation et le banditisme et que le mouvement national semble incapable de donner du travail aux siens. Dans notre situation, nous devons exploiter les médias dont nous disposons (Sangue Corsu etc) pour tenter de faire revenir prioritairement des corses qui se reconnaissent dans nos idées sociales, radicales et nationales. Et s'organiser pour créer de l'emploi.
Existe une troisième solution, sur laquelle nombre de nationalistes sont pessimistes (peut-être déphasés avec la réalité, vu la proportion de mariages mixtes dans leurs propres familles), c'est, selon l'approche de Jürgen Habermass, d'adjoindre la communauté d'idée à celle de la communauté ethnique. C'est, par réalisme géopolitique, l'intégration politique et culturelle de ces familles françaises et européennes qui fuient en Corse le déferlement barbare que subissent leurs patries. et qui, en retour, nous soutiendront solidement lors de nos combats.
Il nous reste encore la solution de procréer puis d'éduquer en conséquence mais cela est un sujet de reflexion en soi.
Lénine écrivait en substance que l'on ne peut avoir d'approche locale d'un problème sans sa vision globale. La différence entre les anarchistes de 1930 et nous, c'est que la Corse peut proposer des réponses locales tenant compte de cette vision globale européenne .

 

A squadra  

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