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     Nous reproduisons ci-dessous avec son aimable autorisation un billet d'Ulivieru Sauli, initialement paru sur le site internet " u riacquistu di Portivechju". Ce texte, au delà du contexte spécifique de la commune de Purtivechju, constitue un élément intéressant du débat autour d'une approche nationaliste  de la question de la délinquance, fondée sur " l'esse corsu". Parmi les pistes évoquées, l'implication accentuée des polices municipales comme alternative à l'omniprésence dans nos rues des forces de répression françaises.

 

De la Délinquance à Purtivechju

 

 

Il y a peu, dans les locaux de la délégation locale de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Corse-du -Sud, une réunion s’est tenue sur le sujet de la délinquance dans notre région, et plus particulièrement sur notre commune porto-vecchiaise. Un sujet-inquiétant-qui pose là aussi, avec acuité, l’étiolement de notre tissu social et culturel.

L’appel -compréhensible -spécifiquement lancé par le conseiller général et élu nationaliste Jean Christophe Angelini, avec le soutien de la délégation locale de la Chambre de Commerce et d’industrie et de l’association des commerçants de la ville, est un exercice difficile. Il doit autant éviter les écueils du discours sécuritaire, populiste par essence et inefficace dans ses rendements, que le piège –bien éprouvé – de l’exhortation répressive.

De facto, cette réunion – qui en appellera d’autres- traduit avant tout un ras le bol qui ne saurait se limiter aux seuls socio – professionnels. En effet, les vols commis sur notre commune, concernent également des familles porto -vecchiaises de condition modeste et bien loin de la ville, éparpillées dans nos campagnes et nos hameaux. Il n’est pas que les commerçants – en période estivale – pour en être victimes. Pas plus que les résidences secondaires en hiver… Au demeurant ces dernières – pour la plupart – traduisent une dépossession foncière qui a peu à envier au sujet évoqué …

Ces vols dont la recrudescence inquiète à juste titre mettent en relief les mutations comportementales profondes qui accompagnent l’évolution citadine et l’économie qui la caractérise. Ils se joignent aussi pour beaucoup – vu les larcins numéraires constatés – aux trafics de drogue qui malheureusement, depuis un certain temps n’épargnent plus la Corse, et particulièrement sa jeunesse…

Nous sommes – hélas – bien loin de ces moments sociaux, ou chaque famille pouvait laisser la porte ouverte de son habitat sans craindre de subir les affres de cette délinquance grandissante et préoccupante. Et pour tout dire, à revers de ce que « Alcudina » a pu écrire sur son site en relatant le sujet, à savoir : « Un jour, un commerçant va tuer un voleur », on peut très bien supposer – sans exagération – qu’un jour un voleur va abattre un vieil homme isolé…

Les vols ont de multiples explications originelles. Il sont tout autant commis par des individus dont il est difficile de définir la provenance catégorielle. Et encore moins la situation sociale. La raison doit nous empêcher de tomber dans la souricière – glauque – de cette primaire xénophobie qui caractérise une certaine extrême – droite française, comme elle doit nous amener à nous pencher – sans exclusive aucune – sur les racines de ces journalières exactions.

Nous sommes aujourd’hui détachés de ces possibilités culturelles qui, il y a peu encore, nous permettaient de tirer l’oreille à ces cambrioleurs, de les admonester en obtenant leurs excuses, ou de les ramener à leurs familles qui savaient quoi en faire avec les conséquences que cela pouvait supposer dans la société. Aujourd’hui, les vols mettent aussi en relief l’altération sociétale qui se définit par un individualisme avilissant au détriment des relations et échanges humains et sociaux. Aujourd’hui, au cœur de la ville et de la commune, les vols mettent en exergue l’atteinte évidente à la tranquillité publique.

Je ne fais pas évidement pas mien l’argument – entendu lors de cette réunion à Portivechju – consistant à demander – au moins pour la période estivale – plus de renfort de gendarmerie nationale – française -. Tout d’abord parce que cela ne fera que rajouter de la confusion au contexte que connait actuellement la Corse. Ensuite parce que cela participe plus d’un effet d’annonce. Enfin les économies drastiques commandées au plus haut niveau de l’Etat français – crise oblige – risquent de limiter fortement ce genre de souhait quelque peu éculé…

L’indépendantiste que je ne suis ne peut autant fuir ses responsabilités car toute posture m’est interdite. Au demeurant évoquer ci – dessus la tranquillité publique pour la commune et aspirer à une toute autre politique m’amène à explorer les pistes adéquates pour tenter de répondre aux interrogations et craintes émises ici et là au sein des porto – vecchiais. Revendiquer la souveraineté pleine et entière pour notre peuple suppose qu’en la matière aucun pouvoir – fusse t-il régalien – ne doit nous échapper. Y compris en matière de police et de justice. Sauf à tomber dans le cliché véhiculé par plus de deux cents ans de francisation outrancière qui fait des corses des femmes et des hommes incapables de droit et de démocratie. Bref un ramassis de crapules, de fainéants et d’incapables, de voleurs et de tueurs…

A l’échelle communale, et dans le cadre du système établi, il ne faut point craindre d’insérer la police municipale – corse - dans la lutte contre la délinquance. Parce qu’elle est avant tout une police de proximité. Elle implique fortement les gens d’ici. Ensuite, parce qu’elle n’a pas qu’un rôle seulement administratif et peut très bien s’engager dans la prévention et la protection de l’espace public. Recentrer, sous l’autorité du premier magistrat –absent à Portivecchju lors de cette réunion consacrée aux vols et à la sécurité – ce corps spécifique pour lui donner moyens et autorité pour réguler et assurer la tranquillité publique sur l’espace citoyen ne relève pas forcément d’une gageure mais d’une audacieuse prospection qu’il nous faut pousser dans la réflexion. D’autres pistes – sans exclusive aucune – restent à explorer

La souveraineté suppose qu’en matière de quiétude collective et individuelle, le peuple soit assuré de tous ces droits qui sont le fondement d’une démocratie. L’absence de cette souveraineté – historiquement confisquée – ne détournera certainement pas le peuple de sa sagesse coutumière qui l’incitera certainement à prévenir tous ces aigrefins avec ce proverbe indien : « Après avoir appris à voler il te faut encore apprendre à être pendu… »

 

Ulivieru SAULI (U Riacquistu di Portivecchju)

 

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