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Toutefois, on doit reconnaître que la dévastation, qui s'étend autour de nous, est de caractère essentiellement moral. On se trouve dans un climat de générale anesthésie morale, de profonde désorientation, malgré tous les mots d'ordre en usage dans une société de consommation et de démocratie : l'affaissement du caractère et de toute vraie dignité, le marasme idéologique, la prévalence des plus bas intérêts, la vie à la journée, servent généralement à caractériser l'homme de l'après-guerre. Le reconnaître signifie également reconnaître que le premier problème, base de tout autre, est de caractère intérieur : se relever, ressusciter intérieurement, se donner une forme, créer en soi-même un ordre et une droiture. Il n'a rien appris des leçons du passé récent, celui qui s'illusionne, aujourd'hui, à propos des possibilités d'une lutte purement politique et à propos du pouvoir de telle ou telle formule, voire de tel ou tel système, auxquels ne ferait point contre-partie une nouvelle qualité humaine. Voici un principe qui, aujourd'hui, plus que jamais, devrait posséder une évidence absolue : si un État possédait un système politique ou social qui, en théorie, vaudrait comme étant le plus parfait, mais si la substance humaine en était tarée, eh bien ! cet État descendrait tôt ou tard au niveau des sociétés les plus basses, alors qu'un peuple, une race capable de produire des hommes vrais, des hommes de juste perception et de sûr instinct, atteindrait un niveau élevé de civilisation et se tiendrait debout en face des épreuves les plus calamiteuses, même si son système politique était défectueux et imparfait. Que l'on prenne donc une position précise contre ce faux «réalisme politique», qui pense seulement en termes de programmes, de problèmes organisateurs à base de partis, de recettes sociales et économiques. Tout ceci appartient au contingent, non à l'essentiel. La mesure de ce qui peut être encore sauvé dépend, au contraire, de l'existence ou non d'hommes qui sont face à nous, non pour prêcher des formules, mais pour être des exemples, n'allant pas au devant de la démagogie, ni du matérialisme des masses, mais capables de réveiller des formes diverses de sensibilité et d'intérêt. En partant de ce qui peut encore subsister parmi les ruines, reconstruire lentement un homme nouveau pour l'animer au moyen d'un esprit déterminé et d'une vue adéquate de la vie, pour le fortifier au moyen d'une adhésion absolue à des principes donnés — tel est le vrai problème.

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