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http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTUK1QoXsFOkCttMZ06DVJaJqQjslX9o4KnLRg6eysOkkbtyRVSDans une île à l'image ternie, qui cherche désespérément sa voie entre Europe et Méditerranée, le mouvement de revendication nationale corse moderne, né dans les années 70, a peine à répondre aux espoirs de renouveau qu'il avait suscités. L'aliénation corse, c'est l'histoire d'une démarche qui se voulait révolutionnaire et qui s'est laissé enfermer dans les schémas de la pensée unique française et européenne. Pour sortir de cette aliénation réductrice et suicidaire, il faudra réinventer l'esprit libertaire et communautaire de la culture corse ancestrale. C'est ce qui est proposé dans ce livre témoignage qui aborde sans complaisance et sans détours les grands thèmes de l'actualité corse d'aujourd'hui, immigration, accusations de racisme, choix de société, loi, justice, alternatives sociales, laïcité, communautarisme, qui
secouent une société qui a perdu ses repères. Une société qui semble avoir oublié que le véritable combat des peuples du troisième millénaire sera d'abord celui du refus d'obtempérer au politiquement correct.

" ..Ce n'est pas d'hier ! Depuis les années soixante-dix, Iviu Bourdiec, insatiable, insaisissable parfois, est de tous les combats nationalistes ; moins un : l'autonomisme. Un engagement qui remonte à son retour des Etats-Unis où il était attaché de presse à l'ambassade de France. Journaliste de formation, il a été rédacteur en chef du « Ribombu » (de 1999 à 2004) jusqu'à l'arrêt de la parution. L'année suivante, l'hebdomadaire fait son retour dans les kiosques sous un rythme mensuel. Sans lui. Avec la parution de son nouveau livre (1), on comprend mieux pourquoi.
Car son désaccord est total. Non qu'il ne soit plus nationaliste : il trouve au contraire que ceux qui le représentent, ne le sont pas assez. Trop tièdes, trop fades - « aliénés », ce qui est un comble pour un mouvement de libération nationale. Conséquence d'une « lente transformation mentale qui leur fait adopter, sans même qu'ils s'en rendent compte, les schémas de pensée, les références, les repères, les modes de vie, les indignations mêmes de leurs colonisateurs ». Iviu Bourdiec demeure persuadé « qu'un parti indépendantiste, fort et bien structuré, qui conçoit et développe des idées, suscitera l'adhésion du plus grand nombre en Corse ». Mais, c'est à ce moment qu'il écrit cette phrase qui sonne tel le glas : « Encore faut-il qu'il développe des idées ».

C'est ce qu'il fait, lui, dans un livre de rupture avec tout ce qui fonde la France. Car le problème n'est pas de remplacer des Français par des Corses - dans ces conditions, les Corses deviendraient des Français qui parleraient (éventuellement) en corse -, mais bien de rejeter en bloc l'héritage républicain. Au premier rang duquel la laïcité qui n'est, à ses yeux, que le « cache-sexe de l'athéisme », alors même que la culture de l'île s'effondre si on lui retire sa dimension spirituelle. Et donc, il propose, l'indépendance acquise, un modèle confessionnel où le catholicisme serait « religion d'Etat ». Et pour mieux se démarquer encore des valeurs à la française, il fait l'éloge du communautarisme qu'on retrouve dans les pays anglo-saxons où il est l'autre nom de la liberté, contre-poison contre toute forme d'intégration. Il constitue, écrit-il, « la particularité de chacune de nos régions, de chacun de nos villages, c'est la spécificité de la Corse, raison d'être du mouvement national. »

Une fois la Corse rendue à ceux qui ont toute légitimité à la revendiquer, il s'agit de gérer le quotidien. Et l'une de ses propositions est vraiment décoiffante : la gratuité de l'école, de la santé et de la justice. Diable ! Mais, où prend-il l'argent ? Dans un premier temps, en mobilisant l'épargne des Corses eux-mêmes. Comment ? puisque cet argent est justement épargné. Par la contrainte de la loi. « Moi, je suis un collectiviste et je ne supporte pas que quelqu'un dispose de cinquante appartements quand d'autres n'ont même pas les moyens de se payer une chambre. » C'est aussi pour cette raison qu'il verrait bien confier les opérations de maintien de l'ordre à des milices populaires et qu'il souhaite, au nom de la responsabilité citoyenne, la vente libre des armes comme aux Etats-Unis.
Iviu Bourdiec a des mots très durs à l'égard de la manifestation du 23 octobre 2004 contre le racisme, à l'appel notamment de la Ligue régionale des droits de l'homme. Dans son livre, il la qualifie de « mascarade sinistre, indécente ». Déclare ne pas supporter que le peuple corse soit ainsi mis en accusation. Avec l'aval des principaux leaders nationalistes qui étaient du défilé et qui sont tombés dans le panneau. Ce qui d'ailleurs ne l'étonne pas, car leur obsession est de ne « déplaire à personne », commente-t-il à l'évocation de cet épisode....."

 

Yviu Bourdiec "l aliénation corse"  ed l'harmattan 2005

 

 

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