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Le premier postulat, à caractère ontologique, assure qu’au-delà du devoir il y a l’Être, au-delà de l’Histoire un monde supratemporel, toutes choses qui demeureraient évidentes si l’épais matérialisme ambiant n’obscurcissait les esprits. L’autre postulat affirme la nature décadente du monde moderne. Comme lui même lui-même le précise, Evola se préoccupe moins de démontrer que d’éveiller, que de rappeler que la vie humaine n’a de sens que rattachée au suprahumain, l’initiation, le rite, la caste s’avérant comme autant de moyens donnés à l’homme de la Tradition afin de l’aider à se surmonter.

Ce qui précède suffit à distinguer radicalement l’attitude d’Evola des nombreuses révoltes qui défraient la chronique. À ces révoltes manque un fondement. Prenons également garde qu’ici l’opposition entre l’homme moderne et l’homme traditionnel est d’abord métaphysique. Les deux hommes n’appartiennent pas à la même espèce , l’un vivant dans la prison de la matière et du temps, l’autre dans une méta-histoire. Il s’agit en réalité de deux catégories à priori, réalités que, bien sûr, ignore la pseudo-science historique.

 

 

Tout se tient, dans cette Révolte qui, à la fois nourrie d’une prodigieuse culture et de fulgurantes intuitions, évoque une immense, une sublime nef aux cent travées. Qui emporte irrésistiblement le lecteur, non sans qu’au préalable Evola ait lentement exposé les bases doctrinales ou principes normatifs.

Pour que ceux-ci s’actualisent, il faut le roi, dûment investi, dont la fonction, part le canal des actions rituelles, est de ménager l’accès au monde supérieur. Qui dit royauté, royauté sacrée, dit nécessité d’une loi, d’un État tourné vers la transcendance, ce dernier étant au peuple, loin qu’il doive à celui-ci la légitimité, ce que la forme est à la matière, l’idée à la nature, la masculin au féminin. Incarnation de l’universelle, l’ État, dans le système évolien, se doit de se hausser au niveau de l’Empire.

L’un comme l’autre réclament l’intervention du rite, lequel, jouant le rôle d’indispensable ciment, obéit à des règles strictes. Action rituelle par excellence, le sacrifice offre une voie privilégiée de communication avec les forces invisibles. ” Il ne dissout que pour resceller.” Le bon fonctionnement des rites requiert ces gardiens que sont les brahmanes chez les Indo-Aryens, les patriciens en Chine comme en Grèce et à Rome.

À l’origine des castes, la certitude que la naissance n’est pas le fruit du hasard, qu’elle a une signification dont il convient de tenir compte si l’on veut réaliser son être propre. Nul racisme, nul biologisme dans ces considérations, les castes supérieures ne s’expliquant pas par le sang. C’est en fait de races de l’esprit qu’il serait plus juste de parler. Au dessus des castes, on trouve la voie de l’ascète, terme qui ne désigne rien d’autre qu’un être voué à la connaissance et n’implique en conséquence aucun moralisme.

 

Une autre grande voie est celle du guerrier, voué à l’action, grande car la guerre elle aussi peut déboucher sur la sainteté. Vues dissonantes qu’admettront difficilement nos contemporains, comme est plutôt scabreuse la conception traditionnelle des rapports entre homme et femme. Abordant ce thème, Evola, on n’en sera pas surpris, rompt en visière au féminisme régnant. Dans des pages parmi les plus antimodernes, il s’attache à mettre en relief les différences fondamentales entre les deux sexes.

 

Ces assises solidement disposées (elles occupent la moitié du livre, avec des réflexions sur le symbolisme polaire, les hyperboréens), l’auteur, , nous entraîne dans un vertigineux plongeon au coeur des civilisations, magnifiant le miracle romain, glorifiant la renaissance médiévale (seule digne du nom), décodant en revanche des traits acérés à l’utopisme, à la ploutocratie dont accouchera la Révolution, usant d’un ton acerbe pour dépeindre l’individu faussement émancipé qu’engendreront les temps nouveaux.

 

« Révolte contre le monde moderne » est l'oeuvre maîtresse d'un homme qui n'a jamais cessé de définir le vrai visage du monde moderne, à la lumière des grandes doctrines de la Tradition. Et ce visage est celui de la décadence, beaucoup plus ancienne que ne le laissent entendre les critiques superficielles du matérialisme.

 

En dégageant le véritable sens de l'esprit traditionnel, la démarche va donc consister à faire surgir l'Invisible (ou Spirituel), par opposition au Visible (ou Matériel), dans l'histoire en tant qu'Histoire.

 

Ouvrage puissant, historique et prophétique à la fois, « Révolte contre le monde moderne » doit conduire, sinon à l'Éveil, du moins à une réflexion féconde

 

 

Julius Evola "révolte contre le Monde Moderne "

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