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  Publié en 2000 aux éditions Denoël, "Pour solde de tout compte" se présente sous la forme d'un entretien entre deux responsables nationalistes de l'époque, Jean-Michel Rossi et François Santoni, et Guy Benhamou,  journaliste du quotidien mondialiste parisien "Libération", en charge du dossier corse.

 

 L'ouvrage traite essentiellement de la face sombre du nationalisme corse au cours de la pénible décennie reliant les premières scissions survenues au sein du mouvement indépendantiste (1989 ) aux débuts du "processus Matignon"( 1999-2000) .

 

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Au-delà des faits relatés qui concernent une époque révolue, des enseignements quant à l'avenir du mouvement national peuvent être tirés de la lecture de cet ouvrage controversé.

 

L'idée d'Indépendance, revendiquée par le FLNC à sa création, constituait un mythe mobilisateur permettant de "lier le faisceau" des énergies nationales au sein d'un peuple ataviquement claniste et fragmenté . Son abandon implicite puis assumé dès le début des années 80 au profit d'une "solution de la question corse" d'essence autonomiste allait précipiter la dépolitisation, l'éclatement et la dégénérescence des structures politiques nationalistes clandestines et publiques.

 

Au concept d'Indépendance sont reliés ceux de révolution sociale, de réforme agraire, d'instauration de modèles sociaux et sociétaux conformes au paradigme identitaire corse, distincts et alternatifs au modèle occidental dominant en France. 

La logique de réformisme armé alors adoptée implique au contraire une intégration au système en place, sous un vernis corsiste. Elle fera le lit de toutes les dérives décrites par Santoni et Rossi :  affairisme, choc des égos et des intérêts, rivalités et affrontements entre bandes rivales autour de miettes de pseudo-pouvoir octroyé par l'occupant. Des dirigeants de factions clandestines iront jusqu'à discuter de l'avenir de la Corse avec des individus aussi douteux que Charles Pasqua ...

 

Les deux militants semblent sous-évaluer un facteur déterminant de tradition politique française : celle de la continuité de l'Etat, par-delà les ( fausses) alternances de "droite" ou de "gauche". Le seul objectif de l'Etat Français en Corse est la liquidation du mouvement de libération national, quelles que soient les stratégies et méthodes ( répression, corruption, cooptation ) employées. Ses dirigeants et ses services spécialisés sauront quant à eux attiser les dissensions au sein de la mouvance nationaliste, en feignant de favoriser alternativement l'une ou l'autre des factions dont l'unique but sera dès lors d'être reconnue comme "l'interlocuteur privilégié" du pouvoir colonial. Le prix humain sera lourd et le mouvement national sortira durablement affaibli de cette séquence politique. 

 

Les auteurs évoquent également le rôle trouble des obédiences maçonniques liées au régime sans toutefois évaluer à leur juste mesure les stratégies de "domestication"  du nationalisme corse  mises en oeuvre sur le long terme, similaires à celles prévalant dans la Françafrique. Cette imprégnation des dogmes du Grand Orient de France et de ses structures connexes au sein du mouvement national ( immigrationnisme, cosmopolitisme ) se fait encore parfois sentir de nos jours.

 

La situation a depuis évolué et l'effondrement de la République Française que chacun peut suivre au jour le jour, la crise systémique du camp occidental et du capitalisme redonnent à l'idée d'INDEPENDANCE un renouveau de vigueur au sein de notre peuple. Le mythe mobilisateur  mais quelque peu utopiste des années 70 se teinte aujourd'hui d'un réalisme glacial, celui du seul avenir possible et de la rupture assumée. Le Système n'a plus rien à proposer, plus la moindre perspective à offrir et  l'état-providence s'est mué en état policier traitant en ennemis les populations placées sous son contrôle. La signification profonde de la lutte de libération nationale est celle, idéologique, métaphysique, d'une Croisade  contre la République Française, ses non-valeurs, l'anti-civilisation qu'elle incarne aux yeux de tous désormais.

 

La clandestinité armée a soldé ses comptes, l'heure de la Dissidence de masse a sonné .

 

A Squadra

 

 "Pour solde de tout compte, les nationalistes corses parlent" Jean-Michel Rossi, François Santoni entretiens avec Guy Benhamou .   éditions Denoël 2000 

 

 

 

 

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