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imagesCA8QBJO2.jpg              Gerard Dykstra ,( 3e a partir de la droite ) au milieu de ses camarades du Rinnovu en 2008

 

 

 

 G.DYKSTRA est un militant politique et syndical engagé depuis des decennies dans le mouvement national au sein duquel il continue d' assurer  diverses responsabilités .

 

   1) quelles sont les grandes étapes de ton parcours militant ?

Faut il parler de parcours ? Il s’agit en fait d’avoir dans la tête et dans le ventre le patriotisme, la volonté de péréniser le peuple corse avec tous ses droits et d’avoir toujours une conscience sociale en pensant aux plus faibles avec qui il faut partager la richesse. Fort de ses principes, j’ai été un sympathisant nationaliste lambda des années 80, en diaspora. Revenu en Corse de façon permanente  en 1990, je fus vite saisi d’effroi par les dérives de ces années qui ont stérilisé mon militantisme au sens politique pur. L’espoir est revenu pour moi en 1999 avec ma rencontre avec les initiateurs du Rinnovu Naziunale et de la première démarche de refondation. Rencontre en particulier avec Pierre Sinoncelli, militant sincère infatigable disparu trop tôt. J’ai une pensée forte pour lui.   

J’ai donc milité au Rinnovu participant  aux campagnes municipales de 2001 et territoriale de 2004. Puis j’ai participé à une autre étape de refondation aux cotés de Paul Félix Bénedetti  en 2009 avec Corsica Libera, tout en étant syndicaliste au STC

 

 

2) tu fus l'un des élus de la première Cunsulta Naziunale , comment analyses tu le relatif (et espérons le provisoire ) echec de cette démarche ?

 

La Cunsulta comme forum de la nation corse en lutte est une belle idée. Elle a pu être une étape pour le pluralisme au sein du mouvement national,  pour mettre en débat des thèmes, trancher certaines positions,  et se faire reconnaitre à l’international. Malheureusement l’esprit politicard a pris le dessus. Le légalisme pour les élections du cadre français aussi.  

 

 

3) la notion de "socialisme corse" fut popularisée par le mouvement national des années 80 ? Est elle pour toi toujours d'actualité ? Quel en serait ta vision ?

 

A titre personnel je me définis plutôt comme socialiste, social démocrate, pour la sphère socio-économique. Pour la sphère sociétale, je serais enclin  à vouloir des cadres  plus traditionnels, sans avoir une vison verticale de la société.  Il n’y a pas les sgio, les braves gens, et le populo minuto. Par l’éducation, le travail, une société doit restée mobile. Mais elle doit ressentir la sécurité de la frontière, avoir une relative homogénéité socio culturelle. (« I mei »)    

On ne peut pas libérer la corse de la domination française et rester sous la domination des forces de l’argent. J’ai donc une vison de régulation et de partage de la richesse. Exemple : endiguer le liberalisme économique européen en limitant l’achat de biens fonciers et immobiliers aux résidents corse. Maintenir l’exonération des droits de succession mais pas pour les grosses fortunes corses, avoir des services publics corses forts dans les domaines suivants par exemple :  l’eau (les litres nécessaires à la survie humaine doivent être gratuits), les transports, l’énergie,  .. Tout cela doit échapper aux grands groupes financiers et la stricte règle du profit. L’énergie doit être décentralisée, chaque région rurale de corse doit fonctionner  avec des mini-centrales à bois dont la corse regorge.  Surtaxer les terres incultes pour que le propriétaire soit quasi obligé de les confier en parcours aux bergers de son village ou des jeunes éleveurs qui veulent s’installer. Voila quelques cas concret qui illustrerait « l’originalité » de mesures de type socialiste pour les Corses. Il y en aurai bien d’autres à proposer,   sachant que la Corse est aussi et surtout une terre de travailleurs indépendants et de travailleurs protégés (fonctions publiques) ce qui complique le schéma.

 

D’une manière générale, depuis la chute du mur et la mondialisation,  il faut redéfinir complètement le concept de socialisme. Ce ne peut être une vision étatiste ou strictement marxiste,  bien que la lutte des classes existe.  Il faut aussi repenser l’internationalisme. L’absence de droits sociaux d’un ouvrier chinois met en danger le travail d’un ouvrier   européen.  La social démocratie européenne cherche à imposer le multiculturalisme comme dogme. Comment concilier patriotisme et options socialistes ? Comment faire le lien avec la nécessité d’une  croissance écologique ?  Tout ceci ouvre de puissants débats. La Corse , le courant de la lutte de libération peut participer à ce débat, il y a déjà participé à la fin des année 80.    

 

 

  4) Que penses tu de la quasi absence de réactions du mouvement national corse lors de l'aggression de l'O.T.A.N.contre la Lybie , alors meme que les avions décollaient de notre territoire ?

 

 Concernant l’OTAN, Corsica Libera dans un communiqué s’est élevée contre l’utilisation de Solenzara comme base d’attaque par les forces de cette alliance. Il faut bien sùr avoir  souci le la démocratisation des sociétés musulmanes de la rive sud. Leur stabilisation est un facteur d’équilibre. Après cette opération opportuniste en Libye, je ne suis pas sùr que cette stabilisation soit vraiment en marche et qu’elle soit conforme aux intérêts européens. …

 

  5) Face à la question de l'immigration massive imposée par le système mondialiste , le mouvement national semble paralysé par la notion de "communauté de destin" adoptée il y a quelques années . Comment selon toi  sortir du   "politiquement correct" ? 

   Y a-t- il un véritable système mondialiste ? je ne sais pas si il faut raisonner en terme de système au sens de la théorie du complot. Croyons plutôt, au moins,  que le capitalisme  se satisfait  de l’immigration pour exercer une pression à la baisse sur les salaires et avoir une main d’œuvre précaire.

Certes, il y a toujours eu des immigrations, des gens qui chercheront un meilleur sort ailleurs. Tout est une question d’équilibre. Tous les peuples du monde  ont le droit de maitriser l’immigration,  à fortiori le peuple corse qui n’a pas les moyens institutionnels d’intégrer sur ses bases. Sa langue n’est pas officielle, son histoire n’est pas enseignée à l’école . D’où le risque du communautarisme «  à la française »  qui ferait du peuple corse une communauté parmi d’autres. , au milieu des « habitants de la Corse » Tous les ethnologues vous diront que tous les peuples sont « de destin . Avec un père d’origine hollandaise je suis bien placé pour le savoir. Il y a toujours eu des apports à un peuple constitué sur ses valeurs culturelles. Le politiquement correct c’est de refuser ce débat sur le danger  du communautarisme,  un peuple corse reconnu doit pouvoir accueillir dignement des étrangers dans le respect mutuel,  et intégrer ceux qui le souhaitent. Certaines régions autonomes comme la Catalogne régulent leur immigration dans le cadre de quotas et elle  demande aux migrants d’apprendre le catalan , ce serait l’exemple à suivre sans tabou.

 

  6 ) Quelles devraient etre selon toi les grandes lignes d'une "politique exterieure" du mouvement national corse ? ( recherche de soutiens , atlantisme ou eurasisme etc ...)

 

 Question difficile. Les soutiens internationaux à notre lutte sont limités. Irlandais ou Palestiniens ne souhaitent pas froisser la France.

 

Peut être faut-il s’adresser non pas à des Etats constitués mais à des forces morales de règlement des conflits (ONG, les médiateurs du conflit basque,…)

Sinon je considère la Corse comme une nation européenne, plus que « méditerranéenne » ce qui ne veut pas dire grand-chose.  Si elle devient un Etat de l’Union européenne , elle devra selon moi être neutre, hors OTAN,  comme l’Irlande ou la Finlande et négocier de nombreuses dérogations  sur le dogme du libre échange et de la libre circulation. 





     Merci Gérard

Tag(s) : #Rencontres

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