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 Nous publions ci-dessous une tribune libre ( et virulente ! ) de Mr Antoine Luciani, professeur agrégé de Lettres Classiques et maître de conférence à l'université de Corse, traitant de la "francisation idéologique" de certains secteurs du nationalisme Corse. Mr Luciani est également l'auteur de l'opuscule "La nécessaire Sécession", publié en 2002 aux éditions Anima Corsa, dans lequel il défend la thèse de la primauté de la lutte idéologique contre les "valeurs" de la  République Française sur les démarches politiciennes ou militaires.

 

A Squadra

 

 

Corses et  hexagons

 

Le nationalisme Corse se divise en deux parties, qui ne s'aiment pas trop. Tous cependant s'acccordent sur la définition de la Corse de leurs rêves : " La Corse est une démocratie moderne et laîque." Notons la puissante originalité de la formule; notons surtout ce qu'elle révèle sur ses auteurs : ce sont des hexagons. (Il faut savoir que la Gaule s'appelait autrefois la France, et ses habitants les Français. Mais aujourd'hui elle s'appelle l'Hexagonie et ses habitants les Hexagons.) Les nationalistes corses en sont : un Corse dit spontanément " a Corsica hè una Republica paolina". Quelle différence, dira t'on ? Celle du jour et de la nuit.

 

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La démocratie moderne n'a rien de commun, sinon le nom, avec les démocraties antiques, notamment l'athénienne : la première fondée sur l'individu -l'atome- ; la seconde sur le peuple -communauté structurée de sentiments d'imagination, de pensée-. L'élection, caractéristique de la démocratie, a, dans l'Athènes de Périclès, un sens diamétralement opposé à celui qu'elle a dans le Paris de notre temps. Ici le gouvernement demande au " Peuple" (entendu comme une juxtaposition d'individus) de donner un avis ou de faire un choix ; là c'est le peuple, communauté structurée, qui demande aux dieux ce qu'il convient de faire. D'où la cérémonie religieuse qui précède le vote, qui s'est maintenue pendant toute la Respublica christiana, et a perduré jusqu'à la grande Révolution française. Les Athéniens étaient fiers de leur "politeia" mais fiers aussi de se nommer, en vertu d'elle, "les pieux Athéniens". Pascal Paoli et fils de Périclès. L'élection athéniennne n'est en effet que la version grecque de l'antique ordalie indo-européenne. Elle est d'essence religieuse; la nôtre est, et se veut, athée, ou, si l'on veut, c'est l'homme qui se fait Dieu, et parle par la voix du nombre, n'étant qu'une somme d'unités. En un mot, la démocratie moderne est une machine à détruire le peuple. Et c'est merveille de voir avec quelle ardeur nos gribouilles, qui prétendent représenter le "peuple corse" tout en proclamant leur modernité démocratique, s'évertuent à scier la branche qur laquelle ils sont assis.

 

La machine est sous-tendue, on le sait par l'idéologie des droits de l'Homme, issue des "lumières". Les Droits de l'Homme, parlons en : c'est la plus sinistre farce de notre temps, fondée sur un abus de langage. Appelons "droit" et déclarons-le exigible ce qui devrait être nommé "besoin" ou "aspiration" ; nous en aurons fait ainsi un droit subjectif, non plus "appliqué à l'homme", mais émanant de lui, inhérent à sa nature. Et le tour est joué ; nous avons créé les Droits de l'homme modernes, c'est à dire le droit que s'arroge le fort d'écraser le faible. Exemple : l'Homme a droit à son plein épanouissement ; or la Religion et autres obscurantismes, le mutilent. Il est donc légitime, juste et nécessaire, pour empêcher ce crime, de recourir au lavage de cerveau, à l'asile psychiatrique, au goulag, à la potence. Tout cela est d'une implacable logique. Staline pensait, en conscience, qu'il travaillait pour le bonheur de l'Humanité ; et il se fit mettre sur les autels.

 

On dira que le régime soviétique s'est effondré ; mais nos sociétés "libérales" ont pris la suite, par des procédés plus subtils et autrement efficaces, puisqu'elles persuadent le homme de collaborer à leur propre asservissement : panem et circenses. L'hédonisme remplace avantageusement le goulag. A l'horreur de l'esclavage succèdent les délices de la servitude "ruerunt in servitutem", plus injurieux encore pour la nature humaine. Le "droit au bonheur" produit le malheur. Exemple : autrefois, dans un couple lorsque l'un des conjoints était atteints de folie, le divorce devenait impossible : aujourd'hui il est automatique. Que deviendra alaors le pauvre malade ? Eh bien, qu'il crève! Ou qu'on l'envoie dans un asile ! l'autre, devenu vraiment "autre" en la circonstance, a bien le droit de jouir d'un bonheur qui lui est dù. Les lumières ont enfanté Sionville, Maillebois, les Marseillais, Morand, sans parler du génocide vendéen.

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Nos Hexagons sont dévots des "droits de l'Homme" ; en bio-éthique, ils sont toujours en pointe : avortement, mariage homosexuel, théorie du "gender" euthanasie, loin de freiner, ils en remettraient plutôt une couche ; ils ne le disent encore qu'à demi-mot, mais ils le pensent à plein tube. Histoire d'accroître la population, qui a bien besoin d'un coup de pouce ; et pour la morale, car, comme disait M.Homais, "on n'arrête pas le progrès". C'est ce progrès qui ferme la bouche à nos "nationalistes", au moment où se votent à Paris les lois mortifères que l'on sait, alors que le député antillais (socialiste !)Azémot clame sa révolte dans un magnifique discours. On voit par là qui défend son peuple, et qui le trahit. Aussi bien s'emploient ils, avec une allégresse qui fait plaisir à  voir, à déboulonner la statue de Pascal Paoli, le "babbu". Il faut avouer que ce sont de redoutables réducteurs de têtes. Le regretté Pr. Fernand Ettori qui en savait quand même un brin sur le sujet, disait qu'il n'y avait aucune raison de mettre en doute la foi du Père de la Patrie, et l'étendue de ses connaissances théologiques. Eh bien ! il avait tort ! la preuve ? La preuve, c'est qu'il avait lu Montesquieu. Donc il était des Lumières. Le Pape aussi a lu Marx, donc il est marxiste. Elémentaire, mon cher Watson ! Et quoi encore ? Voltaire, suivant pieusement les processions, faisait un clin d'oeil à ses amis. Donc Pascal Paoli aussi clignait de l'oeil. En direction de qui ? Evidemment en direction de son frère Clément, le libertin bien connu. Tout cela coule de source ; si des esprits obtus s'obstinent, il suffit de recourir à ce que Napoléon appelait la figure la plus puissante de la rhétorique : la répétition. A force de taper le clou entre dans les caboches. De fait, même les grands journaux hexagonaux ont fini par le croire. On ne sera pas peu surpris de trouver dans l'un d'entre eux, qui présentait une galerie des "grands hommes qui ont fait la France", entre Louis XIV, Robespierre et Napoléon... Pascal Paoli ! décidemment, le papier souffre tout.

 

Nos Hexagons insulaires ont donc jeté à bas la statue du Père de la Patrie. On se demande alors quel sens peut avoir un nationalisme qui renie le Héros fondateur. Réponse : les Héros Fondateurs, les vrais, ne sont pas ceux d'hier, mais d'aujourd'hui ; c'est à dire : eux ! Il nous nous ont ainsi concocté un plat délicieux, une spécialité Corse : le nationalisme à la sauce maçonne. Unique au monde. Simple et génial. Les Hexagons veulent construire ; ils leur faut donc un architecte. Et quel meilleur architecte que le Grand Architecte de l'Univers ? S'il a construit l'Univers, il saura bien construire la Corse. Mettons-nous donc sous ses ordres et devenons maçons ! Soit ! Mais en écrivant ces lignes, je ne sais pourquoi, me revient dans l'oreille une voix, qui sortait de entrailles d'un père : Pourquoi mon fils est il mort ? Certainement pas, hexagons, pour les droits de l'homme ; il était mort pour sa terre, sur sa terre, et c'est cette terre qui avait bu son sang, son sang innocent. Avec la langue Corse avez vous oublié, Hexagons, la plus corse de toutes les phrases : l'acqua corre, u sangue leia ? ou n'avez-vous retenu que ce triste dit : Pecura nera è pecura bianca, à chi more à chi campa campa ?

 

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Démocratie moderne, et laîque ; le deux sont liées. Et voici l'école de Jules Fery transportée en Corse, sous le non d'Ecole du Peuple. La belle imposture que voilà ! Quel rapport entre Jules Ferry, le grand bourgeois passablement hautain et petit peuple français qui trimait à l'usine et aux champs ? Aucun ; et avec le peuple corse encore moins ; mais les Hexagons, constamment hostiles à l'Eglise -ce qui en dit long sur leur "corsité" - avaient besoin d'une Ecole qui enseignât l'athéisme. Et l'Ecole de Jules Ferry n'est pas neutre, quand elle prétend, elle ment. D'ailleurs il ne peut y avoir d'enseignement neutre. En réalité elle veut substituer la foi en la Raison à la foi en Dieu. L'entreprise, très intelligemment menée, a parfaitement réussi. Elle a déchristianisé la France, et la Corse. Mais nous pouvons, et nous devons, nous, conserver le mot "laique" en lui donnant son véritable sens ; Nos Hexagons insulaires ont oublié -mais l'ont ils jamais su ? - que le mot "laique" vient du grec "laos", qui signifie "peuple" ? l'Ecole laique est donc l'école du peuple, et le peuple corse et donc - ne leur en déplaise - un peuple chrétien. Son école doit être une école chrétienne, qui propose à tous, sans l'imposer à personne, l'enseignement reçu par nos aieux. Et d'ailleurs tout l'espace plublic, en Corse, devrait être laic en ce sens. Mais les nationalistes corses ont rompu avec leur passé. Avec cela ils vous parleront, d'un air entendu et d'un ton doctoral, de "communauté de destin", comme si la communauté de destin pouvait être autre chose que le destin d'une communauté ! Si on les comprend bien, la "communauté de destin" et un fourre-tout, qui admet tous ceux qui veulent vivre en Corse, quelles que soient leurs origines et leurs motivations. Ils oublient simplement que notre peuple a une histoire et que l'Eglise en est l'élément constitutif majeur. Que Pascal Paoli est son fruit ; ce Pascal Paoli qu'ils s'acharnent à déraciner pour se substituer à lui et faire une Corse à leur image et ressemblance... parisienne. C'est ainsi que la Muvra a enfanté des Muvrini qui se proclament "citoyens du monde" et "humanistes". Quand on en est là, il n'y a plus qu'à tirer l'échelle. Avec de tels fondateurs point n'est besoin de fossoyeurs.

 

 

Pauvres Hexagons insulaires, vous êtes encore plus à plaindre qu'à blâmer. Vous recrachez ce que l'Hexagonie vous a fait ingurgiter. Maison peut toujours se racheter. Réveillez-vous ! Ressaisissez-vous ! Convertissez-vous enfin à la Corse ! Elle existait avant vous, et ce n'est pas vous qui allez l'inventer aujourd'hui. Pensez à son socle géographique, donné par la nature elle-même, à son peuple, formé d'apports successifs, ethniques, linguistiques, culturels, qui ont produit la "razza corsa" avec ses traits particuliers qui définissent son identité, son génie qui fait d'elle un vrai peuple, san lequel elle resterait une ethnie (la justice, la royale justice). Rappelez-vous qu'il a été pétri par la Religion catholique et romaine. Cela peut vous déplaire, mais nous n'y pouvons rien : c'est ainsi ! Partant de là fondez un mouvement politique digne de ce nom. Professez hardiment que sortir de l'Hexagonie aujourd'hui ce n'est même plus sortir de la France, c'est se tirer d'un merdier. Pensez que le salut de la Corse peut servir d'exemple à l'Europe entière. La Corse, premier pays ressuscité d'entre les morts ! Que voilà un combat digne d'être mené, et qu'il convient de radicaliser ; car ce n'est pas le combat d'une nation contre une autre ; il est de nature spirituelle : la lumière contre les ténèbres, le Bien contre le mal, l'Esprit contre la Matière, la vie contre la Mort.

 

 

Pour soutenir cette lutte il faudra créer, comme au Moyen-Age, un ordre de Chevalerie, ascétique et guerrier. Sept samouraïs valent plus que vingt mille jouisseurs. Telle est la condition de la victoire ; et, si c'est trop vous demander, cédez la place à d'autres, sans quoi la Corse finira dans les poubelles de l'Histoire ; et vous en porterez la responsabilité. En un mot, recorsisez-vous, deshexagonisez-vous. Et, si vous tombez, ce sera vraiment au champ d'honneur. Ne voyez-vous pas que vous êtes aliénés jusqu'au trognon ? A Corsica aspetta i so Paladini Arditi dunque ! Arritti ! Je termine par ces mots, qui pourraient bien rappeler quelque chose à quelqu'un.

 

Antoine Luciani

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