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Vient de paraitre aux éditions A Fior di Carta un nouveau livre de Jean-Pierre Santini intitulé "INDIPENDENZA". Il s'agit d'un recueil d'articles de 211 pages datés de 1989 à 2003 publiés par leur auteur. Ceux-ci donnent un aperçu historique et une ligne idéologique qui, confrontée à l'expérience prend (très tôt) une orientation anti-conformiste que le Mouvement National n'est pas prêt d'oublier. L'ouvrage est très riche. Plutôt que d'en faire la revue de détail, nous avons choisi d'en citer un large extrait. Celui-ci a été choisi en fonction de la conjoncture électorale et surtout médiatique. Il n'est pas "l'orientation unique" du livre, que nous vous laissons découvrir (le chapitre sur les autonomistes est incontournable).

 

 

"La Colonisation de peuplement" (1993)

" Qu'on ne se méprenne pas sur le contenu de cet article. à "A Chjama", nous n'acceptons pas et n'accepterons jamais des attitudes xénophobes ou racistes. Mais nous voulons, aujourd'hui, poser avec clarté un problème qui a déjà été posé de manière irrationnelle et ambiguë par le mouvement national. Qui ne se souvient des campagnes d'affichages de la CCN ou du MCA contre la colonisation de peuplement? Qui ne se souvient des actions du FLNC pour combattre ce phénomène? On peut ajouter à cela la vieille revendication de "Corsisation des emplois" reprise aujourd'hui sous d'autres formes (par exemple "l'office du retour"). En réalité, les leaders néo-régionalistes qui dominent à nouveau le mouvement national sont impuissants à poser le problème de la colonisation de peuplement en terme national corse. D'où, souvent, des attitudes instinctives d'exclusion que l'on compense par des déclarations publiques "d'humanisme" et "d'universalisme". Le constat de la réalité a été largement établi notamment par l'INSEE. Les Corses d'origine, c'est à dire le peuple corse historique, ne représentent plus que 60% de la population de l'île. Est-il pensable d'imaginer dans un autre pays une population étrangère de 40% n'ayant ni la volonté ni l'obligation de s'intégrer à la communauté d'accueil ? Quand on se place dans une optique régionaliste comme Corsica Nazione, le MPA, l'ANC et les divers "hommes de progrès", c'est à dire dans le cadre de la République et de la législation française, le problème corse est posé au mieux en terme de "minorité nationale" par rapport au peuple et à l’État français. Dès lors, la question des autres communautés vivant en Corse n'est pas posée du point de vue de la Nation Corse. Cet exemple illustre parfaitement les limites absurdes de l'autonomisme. Les indépendantistes, eux, ont une responsabilité autrement plus grande à assumer. Ils posent la nation corse comme souveraine. Ils posent l'Etat corse comme instrument de cette souveraineté nationale. Dès lors, ils posent aussi le problème des étrangers qui vivent en Corse en tant que problème de minorités nationales par rapport à la Nation Corse. On voit bien toute la différence d'optique: -Les régionalistes de Corsica Nazione, du MPA ou de l'ANC attendent que l’État français légifère sur la minorité nationale corse (" Reconnaissance juridique du peuple corse") sans poser un instant la question des autres communautés. Comment, en effet, nos braves régionalistes empêtrés dans leurs contradictions pourraient-ils demander à l’État français de reconnaître ses propres ressortissants en Corse comme minorité nationale? Notons tout ce que cela implique sur l'impuissance à prévoir une remise à l'honneur effective et obligatoire de la langue et de la culture corse. -Les indépendantistes affirment la nécessité pour la nation et l’État corses de légiférer sur les communautés étrangères (marocaine, française, portugaise, italienne, etc.) qui cohabitent sur notre territoire. Nous ne pouvons, dans cet article, que poser le problème. Nous pourrions, pour le développer prendre pour base de réflexion ces extraits de la contribution à la souveraineté nationale corse de Charles Sagone: - "Le peuple corse est la base de la population corse. La seconde se déduit du premier, non l'inverse." - "Le peuple corse est l'ensemble des individus qui ont une origine ou un développement sur le territoire de l'île de Corse et y font officiellement allégeance et souscrivent volontairement à cette nouvelle citoyenneté." -"Dans le cadre de la souveraineté de la Corse -donc de son indépendance- il apparaît nécessaire et obligatoire de "laisser libre" de se considérer comme faisant partie de l’État corse ou d'y renoncer." Le problème de la colonisation de peuplement résume la situation dramatique dans laquelle se trouve aujourd'hui le peuple corse. Ce qui est posé, à travers cette question fondamentale, c'est son existence même et sa survie."

 

Les propos de Jean-Pierre Santini portent en eux un message plus profond encore, à la foi lié à notre réalité culturelle, à un simple constat et... à la pureté du message de Marx. Aussi nous permettrons-nous, au-delà du simple compte rendu de lecture, de vous indiquer quelles portes ouvre "Indipendenza". En effet, si nos révolutionnaires en chambre avaient eu la patience d'aller jusqu'au bout des 2267 pages qui composent "Le Capital", Ils auraient découvert de quelle façon leur idole considérait "l'armée de réserve du capital" que sont les femmes et les immigrés. Femmes qui sont devenus les principaux leviers de la dévirilisation de la politique. Ils auraient aussi découvert ce qu'il pensait de la "démocratie", pauvre numéro de marionnettiste que sacralisent nos "forces de progrès". Ils comprendraient que dès 1917, le communisme a été dévoyé en capitalisme d’État, qu'en barbotant dans le capitalisme actuel en décomposition, ils restent toujours dans leur élément de prédilection corruptif quasi-diabolique (nombre de ceux qui l'ont déjà réalisé se sont suicidés). Et bien d'autres choses encore. Nous arriverons un jour à ce que l'on jette aussi à Marx l'anathème de "fasciste". Et il y aurait de bonnes raisons pour cela. Le fascisme est un socialisme qui s'est crée en concurrence au "communisme" du début du vingtième siècle. Maintenant que son principal ennemi sur le terrain est décédé, le fascisme a pu abandonner une posture, muter en "Traditionnalisme-Révolutionnaire" et revenir sur des fondamentaux anti-capitalistes.

 

La société véritablement communiste de Marx se réfère aux populations germaniques d'avant la mise en place du concept de trifonctionnalité, qui aurait été pour lui les prémices de la naissance du capital. Marx estime que les luttes révolutionnaires historiques du peuple, producteur sédentarisé contre le capital prédateur nomade, sont intrinsèquement européennes; qu'un moyen-oriental ou un africain en sont incapables culturellement et, après coup, que c'est pour cette raison que l'on favorise l'immigration extra-européenne: pour briser toute capacité d'auto-narration du prolétariat européen, toute capacité de révolte par le brassage. Certains pourraient voir une contradiction énorme, un anathème. Pourtant, la contradiction est souvent une complémentarité que l'on ignore (chaos déterministe), parce que l'on a perdu les clefs de notre sociologie, de notre auto-narration.

 Prenons l'exemple du peuple corse lui-même: nous savons qu'il est sociologiquement "fasciste de type ibérique". On peut trouver des causes anthropologiques (le fait remonte à la proto-histoire) ou historique (la guerre d'Algérie a façonné l'Histoire récente de la Corse de façon beaucoup plus prégnante que ce que l'on croit, surtout quand on compare avec l'Histoire de la Sardaigne), mais nous savons aussi que nous avons une tradition démocratique très ancienne (élection du Comte de Corse, Terra di u Cummunu, Paoli ...). Cette "contradiction" peut s'expliquer par une relecture de Marx. Le partage et la justice (principale valeur des corses de l'antiquité) au sein d'une communauté ne signifie en rien l'absence de rigueur et de virilité dans l'approche du politique. Marx est "indépassable" parce que l'Humanité n'a pas dépassé le stade qu'il décrit. Il suffit d'observer nos codes sociaux pour comprendre que le moyen-âge, la proto-histoire et les premiers âges ne sont jamais très loin. Le Message de Jésus, Nazaréen Héllenisé, est lui-même à reconsidérer selon l'interprétation économiste Marxiste comme un message révolutionnaire contre le Capital.

 

Allons plus loin: le principe "d'opium du peuple" a probablement été mal interprété: il ne s'agissait pas de poison mais d'un soin palliatif. Il faut le comprendre dans le sens que la religion est le réconfort du cœur en un monde et un temps où il n'existe plus de cœur. Briser le mensonge, la manipulation génétique qu'a fait le Capital sur le "communisme" peut changer tous nos rapports sociaux contemporains.

 

 "Indipendenza" porte en lui la capacité de vérité, c'est à dire la réunion des fractions, la dissolution des oppositions, l'unité des objectifs, dans la destruction comme dans la construction. Il la porte seulement. Il appartiendra à ses lecteurs de créer la "synthésis", ce qui n'est pas le compromis entre deux idées, mais un retour à l'origine. La conclusion provisoire du livre (septembre 2013) en est l'illustration: "Le vote de l'Assemblée territoriale du 27 septembre 2013 est historique pour trois raisons: 1. Il satisfait la vieille revendication autonomiste (voir le livre "Autonomia" publié par l'ARC en 1974). 2. Il liquide la revendication indépendantiste et la lutte de libération nationale. Les quatre représentants que l'on pouvait présumer indépendantistes ont applaudi sans vergogne la conclusion du discours de Paul Giacobbi, évoquant son père (Corse Française et Républicaine) qui déclarait: "Je suis d'autant plus Français que je suis Corse et d'autant plus Corse que je suis Français." 3. Il signe l'arrêt de mort de la nation corse car une nation ne peut procéder que d'elle-même, des lois fondamentales qu'elle se donne et non pas d'une constitution étrangère. Seul le processus de la Cunsulta Naziunale et la lutte de libération nationale dans ses formes multiples pourraient encore porter l'espérance d'une restauration pleine et entière des droits nationaux du peuple corse. Il appartient aux patriotes qui mesurent lucidement l'état de déliquescence de l'idée nationale de refonder aujourd'hui les structures permettant l'organisation de la résistance".

 

INDIPENDENZA, SOLA SPERENZA

   

 

A Squadra

 

Lire aussi : http://corsicapatrianostra.over-blog.com/article-indipendenza-sola-speranza-121910527.html

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